En ce 3 août 1849 Etienne Le Petit vient de mourir dans sa ville d‘adoption : Boulogne sur Mer. Il restera à jamais dans le cœur de ses proches mais également dans celui des Boulonnais.
Durant son existence, j’avais eu le plaisir de le rencontrer à plusieurs reprises. En 1803, il m’avait accordé une interview sur le lieu même où il avait été au service de l’Empereur Napoléon 1er. Longuement, il m’avait expliqué son rôle de dessinateur dans le génie : les bateaux à fond plat, les nouveaux plans du port de Boulogne, de son retour à la vie civile, de son attachement à cette région, de son désir de travailler et de fonder une famille. J’avais été impressionnée par son assurance, sa jeunesse. Je n’avais eu aucun souci pour lui imaginer une vie fructueuse dans cette belle région.
C’était en 1840, lors de la tentative de coup d’état de Louis-Napoléon Bonaparte, que je revis Etienne. Il était accompagné de son fils Joseph. Ils avaient été pris à parti par un manifestant. Nous avions donc eu l’occasion de nous revoir. Etienne avait atteint les 54 ans, quant à moi, chimère, j’avais toujours 30 ans. En me voyant, il avait eu un moment d’hésitation. Il m’avait regardé longuement. Mais il avait très vite chassé cette idée : même nom, même élégance mais, elle aurait eu mon âge ou plus encore.
Je l’avais encore côtoyé lors des fêtes de famille ou j’avais toujours eu le plaisir d’être invité et je le suis toujours du reste.

En ce jour, je suis le cercueil. Joséphine est soutenue par ses fils Joseph et Etienne. J’attrape le bras de Joséphine, sa seule fille, la prunelle de ses yeux. Elle accueille mon soutien par un pâle sourire. Ses yeux sont rouges et gonflés. Après l’enterrement, nous nous réunissons tous à la maison familiale au 28 rue du Temple.
Etienne est le premier Le Petit à être enterré à Boulogne sur Mer.
J’ai essayé d’utiliser le plus-que-parfait dans ce texte, ce qui n’est pas aisé puisque c’est un temps qui disparait peu à peu.