
« Maman, j’ai mal. Ils m’ont transporté sur une civière jusqu’à ce lit. Un médecin m’a examiné, il ne m’a pas opéré, il m’a donné des médicaments et m’a fait installer au fond de la pièce. Pourquoi Maman ? Est-ce que je vais mourir ? Toi qui es déjà près du Seigneur tu dois le savoir. Maman J’ai peur ! J’ai 20 ans et 5 jours en ce 16 juillet 1915, j’ai toute une vie à vivre.
Nous étions sur la tranchée de Calonne, Entre Hattonchâtel et Verdun, quand les boches ont voulu reprendre le terrain. Ils ont d’abord pilonné le site avant d’envoyer les troupes. J’ai vu des gars, pas plus vieux que moi, être déchiqueter par un obus. Le bruit des bombes, les cris de douleurs de mes compagnons d’armes, les hurlements d’effrois envahissent mes nuits. J’ai mal maman ! Je ne sais pas ce qui m’est arrivé, comme les copains, je défendais ce bout de terre qui n’était pas le miens. Maman je veux rentrer à la maison ! Je suis tombé, je ne me suis réveillé que dans cet hôpital de fortune. Maman, ils viennent de me recoudre mais je perds encore mon sang, je ne veux pas mourir.
Nous étions que des hommes sous des uniformes différents, sous une bannière différente mais la peur, la souffrance était la même ! Pourquoi la guerre Maman ? De l’autre côté du front il doit y avoir un homme comme moi qui parle à sa mère, qui ne comprends pas plus que moi. Je suis un patriote, je ne veux pas que m’a patrie soit envahie mais n’y a-t-il pas d’autres solutions, maintenant le sais-tu ma petite maman ?
Maman, tu as quitté cette terre en février à 45 ans, Eugène mon petit frère né en décembre 1914 t’a suivi au mois de mai. Je me suis caché pour pleurer ta perte et celle de ce bébé que je n’ai pas connu. Je pense à toi. Veille sur moi, aide-moi, je ne veux pas mourir. Cela fait presque 3 jours maintenant, je m’affaiblis. Pourquoi les médecins ne m’ont pas opéré ? Je sais maman, je vais mourir. Je pense à papa à Charles qui n’a, heureusement, que 16 ans à mes sœurs, à mes grands parents à toute la famille, je les vois, je peux profiter de ces instants, la douleur me quitte. Je vais mourir maman, je serai bientôt près de toi. Je t’aime maman. »

Edouard Courageux (1895-1915) est décédé le 20 juillet 1915 à 20 ans et 9 jours. Il est le fils Edouard Courageux (1865-1940) et de Victorine Clément épouse Courageux (1870-1915). Il est le frère de Charles Courageux (1899-1957) mon grand-père.
Les paroles dites par Edouard sont les miennes, c’est mon ressentis. Je suis Française et fière de l’être et je ne sais vraiment pas comment j’aurai réagi en de telles circonstances.

magnifique ressenti ! quel cri de désespoir et de soulagement à la fin . Bravo Catherine, j’en avais les larmes aux yeux .
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Merci
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