Ma petite Mémé

Ma grand mère Maternelle

Ma grand mère, Marguerite BOURGEOIS, est née le 28 août 1902. Elle est la dernière d’une fratrie de 10 enfants. Huit années la sépare de son frère Gaston. Elle est « le bâton de vieillesse » de ses parents.

Photo de 1910 environ, Léonie, Alice, Berthe, 1 inconnue, Catherine, Marguerite et Samuel, les 2 garçons Fernand et Gaston manquent

Son père « Tailleur d’habit », exerce dans une boutique située rue des Fontinettes près du passage à niveau. Elle me raconte la patience dont il a fait preuve pour lui apprend à coudre, le nombre de fois qu’il lui fait refaire un ourlet, une broderie pas assez bien pour lui, elle me raconte qu’assise sous la fenêtre, elle travaille sur son ouvrage. Son père, assis en tailleur, sur l’établie au milieu de l’atelier, coud, les yeux plissés sur son ouvrage. Elle sourit, elle est si fière de son papa.

La boutique se trouvait sur la gauche
Les anglaises

Elle m’explique également que, chaque soir, sa mère lui fait des « anglaises ». Elle humecte chaque mèche de cheveux, l’enroule autour d’une bande du tissu et attache le tout le plus haut possible sur la tête. Mémé a essayé de m’en faire mais le résultat ne dure que quelques heures et je suis large. A cette époque, mes cheveux épais, raides et longs n’acceptent aucune coiffure à part les queues de cheval.

 

Ma petite Mémé
Berthe Bourgeois

Son premier souvenir très douloureux la mort de sa grande sœur Berthe en 1914 (la 3ème sur la photo de famille). Je n’ai jamais su la raison de son décès si jeune. Mémé dit que sa sœur après avoir travaillé dans une cave inondée est « partie du ventre ». Que veut dire cette expression ? Il faut dire qu’elle n’a que 12 ans et qu’à cette époque rien ne se dit. Elle se souvenait de la beauté et de l’élégance de sa soeur qu’elle adorait.

le pliage
Le pliage du tulle

A cette époque, dans chaque famille, au moins un membre travaille pour la dentelle de Calais. Ma grand mère dispose des bandes de dentelle sur des cartons avant de les faire expédier chez les créateurs, les couturières. Ce travail était minutieux mais elle se souviens des fous rires avec les copines de l’atelier, le sourire pincé de la sous-maitresse, des pique-niques du dimanche au Lac d’Ardres à quelques kilomètres de Calais toujours avec les mêmes copines.

Sur cette autre partie de sa vie, les confidences sont plus rares et surtout plus courtes. J’ai pu reconstituer son parcours grâce à ma mère. Elle rencontre son futur mari dans ce milieu. Georges LE PETIT est bien plus âgé qu’elle mais il a de la prestance et porte un chapeau et ne la laisse pas indifférente. il est esquisseur, il invente les dessins en fonction de la demande et des contraintes des machines. Les parents de ma petite Mémé ont 44 et 50 ans à sa naissance, elle est élevée par des personnes d’un âge certain. De ce fait, la vie près d’une personne de 31 ans son ainée n’est pas un problème. Le souci est qu’il est marié et père de nombreux enfants dont les ainées sont plus âgées qu’elle. Le sait elle au début de leur relation ? Je ne me suis jamais permise de lui poser la question ? Mon oncle Georges est né le 20 mars 1928, il porte le nom de sa mère. Mes grands parents se marient le 5 octobre 1929. Les enfants du premier mariage ne veulent pas que Georges junior soit reconnu par son père par respect pour la mémoire de leur mère Elise

Esquisseur dans le tulle

Ils vivent ensemble de 1929 à 1939. Mon grand père est un coureur de jupons, c’est chose reconnu dans le quartier du Petit Courquain à Calais. Il meurt en mai 1939, ma grand mère est enceinte pour la huitième fois sans compter les fausses couches.

Veuve avec 6 enfants elle doit se battre pour survivre. Le petit dernier ne survit pas à l’entrée en guerre. Elle emmène sa famille à Paris pour les éloigner des bombes. Elle vit au 157 rue Saint Martin, passage Molière dans le troisième arrondissement.

Grâce aux « Orphelins d’Auteuil » elle envoie ses enfants dans la Nièvre toujours pour les protéger de la guerre. Pour faire vivre les siens elle est Blanchisseuse à son domicile. L’un de ses clients est un homme grand et obèse, du haut de son mètre quarante cinq, elle a du mal à laver ce linge de grande taille.

En 1951 elle rentre à Calais avec les 3 derniers, les 2 ainés sont installés à Paris. Ils vivent dans un logement prêté par l’un de ses beaux fils. Les meubles sont récupérés de droite ou de gauche, une caisse leur sert de table. Petit à petit elle s’installe dans la ville qui l’a vu naître. Elle reprend son métier de plieuse. Maintenant, le pliage ne se fait plus à la main mais à l’aide d’un « moulin » sur bobines mais également sur carton. deux de ses enfants, Roger et Marguerite se marient avec une soeur et un frère Germaine et Emile COURAGEUX. 

Moi en 1964

En 1958 elle s’installe à Lumigny en Ile de France avec son fils Pierre. Je me souviens des vacances passées chez elle en 1964, des promenades, de son potager, du garde champêtre qui veuille sur le respect de la loi, de l’épicière qui ouvre la double porte donnant sur son séjour pour permettre aux enfants du village de regarder Rintintin à la télévision. A mon retour à Calais, ma mère me fait assoir et fermer les yeux, elle dépose sur mes genoux Véronique son sixième enfant, j’ouvre les yeux, regarde ma petite soeur et m’esclave : « Encore » ! Je ne me souviens pas d’avoir vu ma mère enceinte. Le dernier est né un an plus tard, j’ai 8 ans et demi et je n’ai rien vu.

Pierre LE PETIT

En 1968, Pierre mon parrain  meurt à la suite d’ un accident de la route. Mémé nous rejoint à Calais pour ne plus y partir. Nous l’entourons de tout notre amour ainsi que Maman dévastée par la mort de son frère.

Ma petite Mémé
1968

En septembre 1969, je rentre au collège Jeanne D’Arc à Calais, Mémé habite à 500 mètres. Tous les midis je mange chez elle. Elle vit dans une petite maison au fond d’une cours. Je suis grande, j’ai 12 ans, Mémé m’a donné une clef de la porte de la rue. Je fais le moins de bruit possible quand j’arrive, j’ai même une friandise pour le chien de la voisine pour qu’il n’aboie pas. J’adore surprendre ma grand mère. Devant le fourneau, elle chante des airs d’opérette, elle bat la mesure avec sa cuillère et se dandine au son de la musique. Je ferme la porte doucement et je m’assois. Dès qu’elle me voit, elle arrête. Vite il faut manger pour pouvoir digérer avant de reprendre les cours. 

Elle reste le plus longtemps possible chez elle mais la maladie d’Alzheimer prend trop de place dans sa vie, dans son quotidien. Après une absence plus longue et plus difficile, elle accepte d’entrer en maison de retraite. Ni son fils, ni sa fille ne peut la prendre. Roger a 9 enfants, Marguerite 7. 

Mémé décède le 31 mars 1993. Elle rejoint son fils Pierre et sa sœur Léonie dans le caveau au cimetière sud de Calais. Alice repose à quelques mètres de ses sœurs et son neveu, mon frère et mon père l’y ont rejoint. 

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