Les bonnes actions d’Henriette

En cette année 1840, Henriette a fêté ses 8 ans, l’âge de raison, comme lui a dit son père Charles Triquet. Ils vivent à Marck, une bourgade près de Calais. Son père est journalier, il part à l’aube pour ne revenir après le coucher du soleil. Henriette est la seconde d’une fratrie de quatre enfants, bientôt cinq. Sa maman a beaucoup d’ouvrage : le potager, le poulailler, la maison à tenir et ses petits frères et sœurs à s’occuper. Rosalie, sa grande sœur, du haut de ses onze ans l’aide comme elle peut.

Henriette veut aussi aider sa maman, elle décide d’enlever les mauvaises herbes autour des légumes. Le tablier plein, elle s’élance vers sa maman qui crie, pleure : dans le tissu les jeunes pousses d’oignons qu’elle venait de planter la veille malgré ses sept mois de grossesse. Déconfite, Henriette sort du jardin et court à travers champ. Elle était à des années lumières de penser qu’elle mettrait sa maman dans un tel état. Son cœur bat à tout rompre, ses jambes ne la portent plus. Elle s’effondre sur le sol. Doucement, elle reprend son souffle. Elle ne comprend pas. Pour eux, elle est toujours trop petite, trop jeune ! Quand elle passe le balai et casse une cruche à cause du manche trop grand, c’est de sa faute ! Quand elle porte la panière pleine de linge mouillé, qu’elle tombe et que les draps se tachent sur le sol, c’est de sa faute ! Mais, c’était trop lourd !

Elle s’allonge sur l’herbe et s’endort. De grosses gouttes la réveille. Nous sommes milieu août et les orages sont fréquents. Elle sait qu’il va pleuvoir, elle aime la pluie. Elle danse, la tête penchée à la renverse, la bouche et les mains ouvertes. Elle tournoie à s’en donner le vertige. Le ciel se fait de plus en plus sombre, le tonnerre gronde en cascade, les éclairs fusent, elle a peur. Elle se dirige vers les arbres, stoppe et s’enfonce dans le blé. Elle s’est souvenue du conseil de son père : ne jamais se mettre sous les arbres. Elle connait bien son village et ses alentours. A une centaine de mètres se trouve les ruines de la ferme des Pouilly. Tout a brulé, presque. Quelques murs, une partie de la charpente et du toit sont intacts. Elle est à l’abri, elle se blottit au pied d’un mur noirci. Dans la charpente, des oiseaux se sont réfugiés. Elle se tait et se réjouit à la vue des volatiles. Un animal de la taille d’un chat se faufile, c’est un renard. Sa toison rousse lui colle à la peau même sa somptueuse queue pend lamentablement. Il s’ébroue comme un chien pour se sécher. Atchoum ! Elle n’a pas pu le contenir, il disparaît aussi vite qu’il est apparu. Henriette a froid mais il faut encore attendre.

Elle est toujours assise contre ce mur, les jambes remontées, la tête sur les genoux quand son père la retrouve. Il fronce les sourcils, essaye de se fâcher mais ne peut pas. Sa petite a suivi ses conseils et a choisi un abri solide. Il ouvre son manteau, prend l’enfant contre lui et le referme. A grandes enjambées il se dirige vers sa demeure. Marie-Joseph son épouse l’avait fait appeler en ne voyant pas revenir la petite. Il l’a cherché criant son nom. Son cœur a failli exploser lorsqu’il a vu les arbres fracassés, il a couru vers la haie. Elle n’est pas parmi les débris. Il peut à nouveau réfléchir, la ferme Pouilly ! A-t-elle eu la présence d’esprit de s’y rendre ? Sûrement ! Il avait raison. Courbé sous les rafales et par le poids de son fardeau, ils avancent difficilement. Mais il arrive.

Charles ouvre la porte de sa maisonnette, il déboutonne son manteau et dépose délicatement sa fille devant la cheminée. Marie-Joseph avait fait une petite flambée pour les réchauffer. Henriette ouvre les yeux et se jettent dans les bras de sa mère. Vite, il faut te déshabiller, Rosalie monte vite lui chercher une chemise de nuit. La soirée se termine dans la bonne humeur. Même les plus jeunes veulent des câlins. Ont-ils ressenti la gravité de la situation ? Henriette est heureuse et se promet d’avoir une discussion avec ses parents. Elle veut les aider, mais comment ?

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