L’erreur de Papa Noël

Allongée sur le ventre sur le lit du haut, je regarde dehors. Un gris uniforme plombe le ciel, pas un brin de vent pour animer la brume, il fait froid, très froid en ce premier janvier 1964. J’entends les rires et les cris de mes frères et sœurs au rez-de-chaussée. J’ai six ans et 10 mois, je suis malade. Du bruit dans l’escalier, vite, je me remets sous les couvertures. Quelqu’un toque à ma porte ? ! Bizarre, maman et papa ne font pas ça et mes frères et sœurs n’ont pas le droit de monter. La porte s’ouvre, une tête puis un corps apparaissent : Parrain !!!

Mon parrain s’appelle Pierre LE PETIT c’est l’un des grands frères de maman. Il vis avec Mémé dans un village près de Paris.

Il grimpe sur l’échelle et me rejoint. Il me donne deux paquets. Papa Noël s’est trompé de cheminée, il a apporté mes cadeaux chez Mémé. Il a trop de travail, ce n’est pas grave. Dans le premier un livre, le tout premier : « Blanche Neige et les sept nains ». Il pense que je sais déjà lire mais non. Je suis rentrée à la grande école qu’au mois de septembre parce que je suis née en début d’année. C’est maman qui m’a expliqué. L’autre cadeau est une jolie poupée blonde aux longs cheveux. Sa robe est de la couleur des yaourts au caramel et son tablier est blanc avec des fleurs. Je l’appelle Florence comme ma maîtresse à l’école. Parrain n’insiste pas et se met à lire, je tiens Florence serrée contre moi. Il me montre les illustrations, page après page. J’ai hâte de savoir lire !

Maman monte mon repas sur un plateau, je ne veux pas manger toute seule dans ma chambre, je veux me mettre à table. Non pas question que tu refiles la rougeole aux autres. Parrain suit maman, je suis triste, j’ai envie de pleurer, Florence ne suffit pas à me réconforter. La porte s’ouvre à nouveau, Parrain, le sourire aux lèvres et une assiette à la main est venu me rejoindre. Je suis heureuse.

Au mois de juin, à la remise des prix, j’ai reçu le même livre. En juillet, c’est moi qui lui ai fait la lecture trop fière de savoir lire. Florence sera ma confidente jusqu’à ce qu’un de mes frères l’enterre dans le terrain vague derrière la maison après une dispute. Elle sera retrouvée, quatre ou cinq ans plus tard par les ouvriers qui construisent les immeubles de la ZUP. Au faite, Les cinq autres ont eu la rougeole !

Catherine 7 ans et 5 mois
Pierre LE PETIT (1933-1968)

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