Il est là, présent. Il fait partie de la vie, de notre vie, de la vie de nos ancêtres. Il est dans nos mémoires, dans la mémoire collective, il est là pour détruire.
Il est bonasse, presque amical. Il s’invite dans nos maisons, nos lieux de travail, nos lieux de détente depuis la nuit des temps. Chacun d’entre nous le connaît, il a envahi l’existence d’un ami, d’un parent et de certains d’entre nous. Au fil des ans, dans notre généalogie, nous trouvons des traces de son passage. Il s’invite aux tables des plus pauvres aux plus puissants. Il gangrène les relations, il fait d’un père, d’un mari, un monstre bestial, d’une mère une épave incapable de s’occuper de sa progéniture. Il engendre des meurtriers, des pervers. Il fait d’un dandy cultivé une ombre qui longe les murs.
Il a été porté aux nues durant des siècles, il côtoie le divin, il est synonyme de fête, de marchés conclus. Il est même considéré comme un remède, mais il est aussi ambivalent. Il continue à être choyé, étudié par une partie de la population. Cette même population le diabolise et l’interdit.
C’est en 1849 qu’un médecin suédois, Magnus Huss, donne un nom à ce fléau : l’alcoolisme. Il a découvert qu’hormis les troubles du comportement, l’alcool a un effet dévastateur sur les organes.

Combien de nos ancêtres n’ont pas soufflé leurs soixante bougies à cause de cette « maladie » ? Habitués dès l’enfance à boire pour se réchauffer, pour se soigner, un certain nombre sombraient dans les tourments de l’alcoolisme.
Dans le vocabulaire de nos campagnes, des surnoms tous plus fleuris les uns que les autres sont employés : alcoolique, ivrogne, saoulard, alcoolo, boit-sans-soif, outre à vin, pochard, suppôt de Bacchus, téteur, tonneau, vide-bouteille.
Zola et d’autres ont su décrire les méfaits de ce fléau qui est toujours présent au XXIe siècle.
Sachons pardonner à ceux qui se sont laissés prendre aux doux mensonges de la boisson et trinquons, modérément, à la vie.