J’ai déposé une courte-pointe sur le sable blond de la plage de Calais. Il fait beau en cette fin juin 1900, les enfants sont encore à l’école, peu de monde. Un doux soleil réchauffe les corps et les cœurs, une large voie miroitante semble venir ou se diriger vers le soleil et octroi une certaine transparence à cette étendue d’eau entre la France et l’Angleterre. Je lambine, mon ombrelle à la main. J’attends Léonie, la fille ainée de Samuel Bourgeois. Il est devenu mon tailleur attitré, Elle m’apporte les dernières créations de son père. Il récupère mes vieux vêtements et accorde une nouvelle vie à certaines pièces. Aujourd’hui, je porte une robe légère couleur crème, l’encolure, le col et les manches sont réhaussés d’une fine dentelle, les jupons sont faits d’un léger coton. Je bouge, je cherche une position plus confortable pour lézarder. Non, je ne vais pas prendre un livre, ni de quoi écrire ! je musarde, je paresse sans remord ou presque.

J’aperçois Léonie, je lui fais signe. Elle a 16 ans, c’est une jeune femme maintenant, elle avance vite, elle est près de moi le sourire aux lèvres. Elle tient un gros paquet ficelé avec soin. Je lui propose de s’assoir près de moi. Elle me donne son colis, elle sait que lors du dernier essayage j’ai réglé la note. Son père est perfectionniste, il lui a fallu recoudre un bouton chancelant, replacer le ruban mal centré sur le col. Des broutilles quoi ! J’ai apporté de la citronnade et quelques petites gourmandises. Elle accepte avec plaisir et se régale de ces sucreries qui ne doivent pas être très souvent à la table de ses parents. Assise, elle détend ses jambes, se penche en arrière, pose ses mains sur la couverture au niveau de son dos et laisse sa tête libre. Son chignon se défait et ses cheveux s’étale sur le sable, elle s’en moque, elle se sent bien. Elle offre son visage à l’astre céleste et profite de l’instant. Ce moment est de courte durée, d’un bond elle se redresse, en trois mouvements elle a refait sa coiffure. Catherine, sa mère, l’attend. Elles ont encore de l’ouvrage. Elle me remercie pour ce moment et part aussi vite qu’elle était venue.
Je me lève, range tous dans mon panier, je rejoins la digue. Je vais encore marcher le long de ce chemin, doucement, tranquillement.
Léonie, Augustine, Louise, Bourgeois (1884-1962) est ma grand-tante.