
J’ai mal dormi cette nuit. J’avais l’impression que quelque chose se préparait. Je me suis donc levée de bonne heure. Cette impression d’imminence ne me quitte pas. Je secoue la tête pour chasser ces pensées et entreprends un grand ménage. Cela fait quelques jours que Catherine ne m’a pas sollicitée, je peux m’y mettre. Je sors balai, chiffon, brosse et seau du placard et me mets au travail.
À peine dix minutes plus tard, ma locataire du rez-de-chaussée m’appelle :
— « Rose, Rose ! Il y a un colis pour vous. »
— « Merci, Mlle Renard, je descends. »
- Le colis
Je m’interroge. Non, cela ne vient pas de Catherine, elle utilise des moyens plus… magiques ! À sa forme, je dirais que le paquet contient des documents. Eh ! C’est bien lourd. Deux couches de papier marron entourent le contenu. Des actes où certains noms sont cachés, de petits portraits d’une jolie femme, des textes en anglais, en italien et en français. Je cherche une lettre. Rien ! Ah si ! un mot sur une demi-feuille. « Retrouvez la femme dans la brume. Dans trois mois, je reviendrai. »
Je cours à la fenêtre ! Mais non, cela fait déjà longtemps que la personne est repartie. Je commence à trier. Mais comment ? Presque pas de noms. Des dates, oui. Commençons par là.
Non, non ! Il faut d’abord que je termine mon ménage. Je m’y attellerai cet après-midi. Après deux heures de dur labeur, tout est rutilant. Une bonne odeur de propre emplit les pièces. Je suis contente de moi. Il est près de midi. Je n’ai pas le courage de préparer un vrai déjeuner. Oui, je ne vous l’ai pas encore dit, mais j’ai rapporté un petit frigidaire du vingtième siècle. J’ouvre donc ce précieux meuble et me prépare ce que Catherine appelle un « plateau télé » : une salade, une tranche de jambon bien lardé, deux petites pommes de terre nouvelles, une part de gâteau et une eau citronnée. Après la vaisselle, je m’installe un peu trop brutalement dans mon fauteuil. Le café déborde et tache mon chemisier. Tant pis ! Le salon vacille devant mes yeux avant de disparaître…
Un homme passe à quelques centimètres de moi. Il ne me voit pas. Je suis invisible ! Je vais pouvoir me promener en toute discrétion. Je me tiens dans un vaste salon anglais. Une voix claire et gracieuse s’élève. Je m’approche, mais…
Me voilà derrière une petite fille qui traverse en hâte la campagne anglaise pour éviter la pluie. Son seau se renverse à chacune de ses grandes enjambées. Le paysage s’efface.
Je suis maintenant à Naples, dans l’une de ces superbes demeures. Un couple discute posément. Elle se lève et se met à chanter. C’est Elle.
J’essaie d’avancer, mais le décor change déjà. Me voilà près d’un bassin où des hommes gravent des lettres dans un énorme bloc de granit. Je tente de m’approcher, mais le temps m’emporte une nouvelle fois.
Je rouvre les yeux dans mon salon.
J’ouvre l’un de mes carnets et note presque frénétiquement ce que j’ai vu, ce que j’ai ressenti. Angleterre. Petite fille. Naples. Une femme qui chante. Un bloc de granit.
Impossible de poursuivre mes recherches aujourd’hui. Les mots dansent encore devant mes yeux. Je classe soigneusement les documents dans leurs chemises respectives.

II. Les premiers indices
Demain sera un autre jour. Enfin, si cette mystérieuse inconnue me laisse dormir. Les images de la veille sont toujours aussi présentes dans mon esprit. Cette voix surtout. Je l’entends encore. Je suis bien incapable de fredonner l’air, pourtant je suis certaine que je le reconnaîtrais entre mille. C’est étrange comme certaines choses s’impriment dans la mémoire sans que l’on sache pourquoi. Un visage peut s’oublier, une voix jamais.
Je prends mon café devant le grand tableau de mon bureau. Une longue ligne horizontale le traverse de part en part. Elle est encore bien vide. Quelques dates y ont trouvé leur place, mais elles ne me racontent rien. Elles attendent simplement que je découvre à qui elles appartiennent.
Je reprends le colis. Les documents sont soigneusement rangés dans des chemises de différentes couleurs. Celui qui a préparé tout cela n’a rien laissé au hasard. Certaines feuilles portent des annotations dans une écriture fine et régulière, d’autres ne sont que des copies d’actes dont plusieurs noms ont été masqués. Voilà qui ne va pas me faciliter la tâche. J’ouvre mon carnet et recopie tout ce qui me paraît certain. Une date. Un lieu. Une signature presque effacée. Pour le reste, je préfère ne rien écrire. Les suppositions sont souvent les pires ennemies de la vérité.
Les heures passent sans que je m’en aperçoive. Je ne cesse de lever les yeux vers le tableau, comme si les réponses allaient apparaître d’elles-mêmes. Non, Rose, me dis-je, ce serait beaucoup trop facile. La personne qui m’a confié ce défi attend de moi autre chose qu’une simple lecture de documents. Je referme la dernière chemise et m’accorde une petite pause. Mon fauteuil semble m’attendre.
Je n’ai même pas le temps de fermer complètement les yeux.
Je retrouve aussitôt cette impression de glisser hors du temps. Les murs de mon salon pâlissent, puis s’effacent sans bruit.
Cette fois, il fait froid. Une humidité pénétrante emplit l’air. Je me trouve dans deux petites pièces pauvrement meublées. Une table, deux chaises, un lit aux rideaux défraîchis, une cheminée presque éteinte. Rien ici ne rappelle les riches demeures aperçues la veille.
Une femme est assise près de la fenêtre. Je ne distingue pas son visage. Son corps s’est alourdi et ses épaules semblent porter un fardeau plus pesant que les années.
Je m’avance. Comme toujours, personne ne semble remarquer ma présence. Je voudrais contourner son fauteuil, voir enfin son visage, mais quelque chose m’en empêche. Alors que je m’apprête à abandonner, elle se met à fredonner doucement.
Je m’arrête net. Cette voix !
Je l’ai déjà entendue. Dans ce grand salon où chacun semblait suspendu à ses paroles. Puis à Naples, lorsqu’elle s’était levée pour chanter.
Je ne connais toujours pas son nom, mais je sais désormais que c’est Elle. Les années ont changé sa silhouette, peut-être même son regard. Pas sa voix. Elle se lève avec lenteur, fait quelques pas jusqu’à la fenêtre et regarde au loin. Une mer grise se confond avec un ciel bas. Des mouettes tournoient dans le vent. J’essaie d’aller plus loin, mais, comme la veille, le temps décide pour moi.
Lorsque j’ouvre les yeux, le soleil traverse encore les rideaux. J’ouvre aussitôt mon carnet. Les images ne sont pas venues dans l’ordre, mais chacune semble avoir été choisie pour me livrer un indice :
Deux pièces, misère, mer grise
Je repose mon crayon. Cette fois, je ne cherche plus seulement une femme. Je cherche à comprendre pourquoi, parmi tous les instants qu’elle pouvait me transmettre, elle m’a livré ceux-là, dans cet ordre étrange.
Je remplis mon tableau. Une date, le croquis d’un homme, le nom d’une rue. Tout reste nébuleux pour le moment. Il faut que je sorte de cette énigme.
La prise de notes
Je m’installe à mon bureau. Je dois rechercher les métiers de ses ancêtres.
Après quelques notes, je lève la tête. Mon regard est attiré par la boîte, puis par le tableau. Une idée ! Je me lève tellement vite que je renverse ma chaise. Pas grave. J’ouvre le carton. Un portrait. Et je n’ai pas rêvé. Le nom du peintre est bien là : Portrait de jeune fille (à dix-sept ans) par George Romney, vers 1782.
Qui a gravité dans son entourage ? Qui est cette jeune fille ? La brume va-t-elle se dissiper, rien qu’un petit peu ? Elle est donc née vers 1765.
Je note sur le tableau. Je le fixe comme si je pouvais lui demander de l’aide. Ressaisis-toi, Rose ! Je retourne à mes recherches. Non, je n’y arrive pas ! Je repars dans le salon et prends un livre. Je dois relire trois fois la même phrase pour en comprendre le sens. Je capitule. Je m’enveloppe d’un châle et descends jusqu’au parc.
La détente au parc
Deux fillettes jouent bruyamment autour de la fontaine. Mon esprit est encore prisonnier des méandres du temps. Je me lève et fais le tour du parc pour me dégourdir les jambes. Je vais remonter chercher mon manteau, puis manger en ville.
Je choisis un petit restaurant sur la place d’Armes. À l’extérieur, un orchestre hétéroclite s’est formé. Tous n’ont malheureusement pas de talent, mais l’ensemble reste agréable. Il fait nuit quand je rentre. Une toilette et je me couche.

III. Le puzzle
À peine endormie, me voilà dans la pièce principale d’une masure. Je regarde autour de moi. Les cris d’un nouveau-né me tirent de ma torpeur. Une femme est allongée sur le lit. Une femme plus âgée lui montre le bébé avant de l’emporter pour le laver. Je la regarde sans oser m’approcher. Elle me paraît bien jeune. Je ne vois pas son visage, sa chevelure le dissimule. J’esquisse un pas en avant.
Je suis propulsée vers l’Italie. Venise et ses gondoles. Dans l’une d’elles, un couple. L’homme me paraît bien plus âgé que la jeune femme. Ils sont blottis l’un contre l’autre. Il y a davantage de tendresse que d’amour entre eux. Je ne la vois pas, mais ce chant… cette voix… c’est Elle. Je cours sur le pont et me penche. J’espère apercevoir son visage, mais non…
Me voilà sur un navire de guerre. Les marins se pressent autour d’un blessé. Je n’ai pas le temps d’observer davantage.
Je rouvre les yeux dans mon lit.
C’est bien la première fois que je voyage depuis ma couche. J’ouvre le carnet posé sur la table de nuit et note quelques mots.
Vers 1765 ? George Romney. Angleterre. Premier enfant ? Italie – Venise. Voyage. Mariage ? Marin inconnu.
Non, je ne vais pas réussir à me rendormir. Je me lève pour compléter le tableau. Ça y est, Morphée est au rendez-vous.
Le pique-nique
Aujourd’hui, le soleil est au rendez-vous. Je décide d’aller manger à la plage. Je prends l’omnibus. Je ne suis pas la seule à avoir eu cette idée : une famille entière transporte de quoi passer une bonne journée sur le sable.
Je descends. Une houle marine me caresse le visage, le soleil jaloux l’accapare. Tranquillement, je m’avance vers un coin de sable moins occupé et m’y installe. J’enlève ma veste et ouvre mon ombrelle. Un jeune garçon me propose un siège et un parasol pour quelques sous. J’accepte. Nos jupes ne sont pas faites pour le sable.
J’ouvre mon livre. Très vite, je me laisse emporter par l’histoire. Une heure passe, peut-être deux. Un chant me sort de ma lecture.
Une berceuse tendre et harmonieuse est fredonnée par une jeune mère. Non, ce n’est pas Elle !
Je m’oblige à rester jusqu’à quatorze heures. La marée monte. Un homme, couché dans un transat, s’est laissé surprendre par la mer. Son épouse et ses enfants crient à tue-tête pour le réveiller. Il regagne la digue, le pantalon trempé jusqu’aux cuisses et le siège porté sur l’épaule. Je souris. Un rire franc serait mal vu.
Je rentre. Cette promenade et les nuits entrecoupées m’ont épuisée. Je m’écroule sur le fauteuil. Je sens mes paupières devenir lourdes. Les battements de l’horloge s’espacent, ou peut-être est-ce mon esprit qui les entend moins nettement…
La sieste
Je vois deux jeunes femmes assises sur un banc dans le parc d’un château. Un serviteur s’approche et s’adresse à l’une d’entre elles :
— « Votre Altesse. »
Elle le renvoie :
— « Plus tard, plus tard. »
Devant son insistance, l’autre jeune femme se met à chanter. C’est Elle.
— « Ma très chère amie, appelez-moi par mon prénom. »
— « Marie-Caroline, seulement quand nous serons seules. »
Je me retrouve, à nouveau quelques années plus tôt, en 1781, où une jeune femme met au monde une petite fille. Elle enlace tendrement son petit ange et chantonne. C’est Elle.
Maintenant, je suis dans un petit théâtre. Sur l’estrade, une femme pose. Son attitude change sans cesse. En quelques instants, elle devient une déesse, puis une reine, puis une mère éplorée. Le public retient son souffle. Elle descend de la scène et rejoint le piano. Sa voix cristalline s’élève vers les dorures du plafond. C’est Elle.
Je suis à moitié allongée sur le siège. Je me redresse et ouvre mon carnet.
1781, naissance d’une petite fille. Marie-Caroline, Altesse. Les Attitudes.
La visite
Cela fait un moment que je n’ai pas rendu visite à la petite Solange Préjean. Je vais m’y rendre cet après-midi. Cette nuit, je me suis réveillée plus d’une fois. Cet interlude va me faire du bien.
Dix heures. Je me rends au marché. Armande, la marchande de poissons, est toujours installée près du hangar. J’achèterai un merlan et quelques fruits de mer chez elle. Du persil, de l’ail, deux gros oignons, une poignée de fraises, une pêche chez le maraîcher, une miche de pain chez le boulanger, puis je me dirige vers le hangar.
Armande me voit.
— « Mlle Rose ! Comme d’habitude ? »
— « Non, Armande, un beau merlan et quelques moules, s’il vous plaît. »
— « Les moules, faites-les cuire avec… »
— « Oui, regardez, dans mon sac, j’ai tout ce qu’il faut. »
— « Merci, Armande, à la semaine prochaine ! Le bonjour à votre mari. »
— « Ce sera fait, Mademoiselle. »
Il est quatorze heures. Je me rends chez Clotilde. Je frappe. Elle ouvre. Son visage est plus expressif. Nous rentrons. Elle nous prépare un thé.
Tout en sirotant, nous parlons de choses et d’autres, des banalités qui occupent une vie. Elle reprend pied. Elle a des projets. Sa voix devient un murmure. Je suis à cent lieues de là. Elle s’en rend compte et m’apostrophe.
Je lui présente mes excuses et lui parle de la femme dans la brume. Sa curiosité est piquée au vif. Il faudra que je lui raconte l’évolution de mon enquête. Bien entendu, je ne lui ai pas parlé de ces informations qui me tombent dessus sans prévenir, dans un ordre qui n’appartient qu’à elles. Je lui ai laissé croire que tout était dans le carton, qu’il fallait simplement résoudre le puzzle.
À peine rentrée, je m’approche du tableau et recule de quelques pas. Il commence à prendre forme. Les ficelles relient les premiers documents, quelques portraits ont trouvé leur place et les fiches se multiplient.
« Voyons, Rose… qu’est-ce que tu sais vraiment ? »
Je prends mon crayon et suis la ligne du temps.
« Une petite fille naît en Angleterre vers 1765… Enfin, c’est ce que je crois. George Romney la peint alors qu’elle n’a que dix-sept ans. Ce n’est donc pas une jeune fille ordinaire. Pourquoi un peintre aussi réputé s’intéresserait-il à elle ? »
Je m’arrête devant le portrait.
« Puis il y a Naples… Toujours Naples. Une voix. Un chant. Les Attitudes. Une Altesse… Marie-Caroline. Elles étaient donc proches… très proches même. »
Je déplace une punaise de quelques centimètres.
« Ensuite, un bébé. Une petite fille. Puis Venise… un homme beaucoup plus âgé qu’elle. Était-ce son mari ? Je n’en sais rien. »
Je reste silencieuse quelques instants.
« Et puis ce marin blessé… Pourquoi apparaît-il au milieu de tous ces souvenirs ? Il est forcément important. Mais pour qui ? Pour elle… ou pour l’Histoire ? »
Mon regard descend vers les dernières fiches.
« Enfin… ces deux petites pièces. Une mer grise. Les mouettes. Cette femme dont les années ont alourdi la silhouette, mais pas la voix. Pourquoi finir là après avoir connu les palais ? Voilà la question à laquelle je dois répondre. »
Je repose mon crayon.
« Non ! Je ne connais toujours pas cette femme. Je ne connais que quelques morceaux de sa vie, comme les pièces d’un puzzle encore éparpillées sur la table. Mais je sens que la brume s’éclaircit. Lentement, très lentement ! » Ça m’énerve !
Je quitte la pièce. Un courant d’air claque bruyamment la porte. Je sursaute. Un peu de musique classique me calmera. Je mets un disque sur le gramophone et m’installe confortablement dans mon fauteuil. Les premières notes emplissent la pièce. Je ferme les yeux un instant. La brume m’attendait.
Je suis projetée dans une demeure de la campagne anglaise. Quatre générations de femmes occupent la pièce, parmi elles une fillette d’une dizaine d’années. J’imagine la grand-mère, la mère, la fille et l’enfant réunies sous le même toit.
« Emma, fais attention, tu vas tomber ! »
La plus âgée la rattrape juste à temps. La jeune femme, vêtue plus richement que les deux autres, porte des étoffes coûteuses, même si leur assemblage manque un peu de grâce. Pour apaiser sa fille effrayée par le geste brusque de son arrière-grand-mère, elle se met à chanter. La maison s’efface peu à peu.
La vision suivante me projette dans une salle de réception où l’on célèbre des noces. Je reconnais le couple aperçu dans la gondole. On s’adresse désormais à la jeune femme en l’appelant Lady. Pour les convives rassemblés, elle entonne un air. C’est Elle.
Pourtant, ici, je dispose de moins de liberté pour observer et le temps semble vouloir m’arracher trop vite à cette scène.
Une tempête éclate. Le bâtiment roule sous les vagues tandis que les marins s’affairent pour éviter le naufrage. Dans la cabine principale, un officier mutilé, privé d’une jambe et marqué par d’autres blessures, tente de reprendre des forces.
Une lame plus violente que les autres me rejette brusquement vers une chambre à coucher. Un couple s’y abandonne dans un grand lit à baldaquin. « Harry », murmure-t-elle entre deux soupirs. Gênée, je recule.
À peine ai-je détourné les yeux que me voilà de nouveau dans un palais italien. Quelques mesures de musique me ramènent à la salle des noces. La jeune mariée rejoint le piano et chante encore. C’est Elle.
J’esquisse quelques pas de danse et la valse s’achève sur le plancher de mon salon. Déconcertée, je renonce à comprendre sur-le-champ et j’ouvre mon carnet.
Quatre générations de femmes. La petite fille s’appelle Emma. Elle a épousé l’homme de la gondole. Elle a eu au moins un amant : Harry. Qui est donc Harry ? Un mari ? Un frère ? Un ami ?
Je finirai bien par le découvrir.
Le tableau
Je m’approche de mon grand tableau. Il n’a plus rien à voir avec celui du premier jour. Les feuilles blanches commencent à envahir la ligne du temps. Quelques portraits y sont épinglés. J’en décroche un, celui de la jeune fille peinte par George Romney, et le replace quelques centimètres plus à gauche. Dix-sept ans… si le peintre l’a représentée vers 1782, elle est donc née aux alentours de 1765.
Je prends une nouvelle fiche.
« Emma. »
C’est le premier prénom que les visions m’offrent. Je l’épingle sur la ligne, sans être certaine de sa place.
Plus loin, j’ajoute une autre feuille. « 1781. Naissance d’une petite fille. »
Peut-être Emma. Peut-être un autre morceau du même puzzle.
Je relis mes notes. Rien ne me permet encore d’affirmer qu’il s’agit de son premier enfant, mais mon instinct me souffle que cette naissance compte énormément.
Non, Rose… les instincts n’ont pas leur place sur ce tableau.
Je barre le point d’interrogation que j’étais sur le point d’écrire et repose mon crayon.
Je déplace ensuite le portrait de George Romney sous celui d’Emma. À côté, je punaise une feuille où je note simplement :
« Naples. » Une seconde. « Marie-Caroline. »Puis une troisième. « Les Attitudes. »
Je recule de quelques pas. Tout cela commence à former un ensemble. Cette jeune femme n’a donc pas vécu une existence ordinaire. Entre une campagne anglaise, les palais italiens et les réceptions où on l’appelle Lady, il y a forcément une histoire que je ne connais pas encore.
Mon regard descend vers les dernières fiches. Deux petites pièces. Une mer grise. Des mouettes.
Je les laisse volontairement à l’extrémité de la ligne. Je suis persuadée qu’elles appartiennent à la fin de sa vie.
Je reste un long moment immobile devant le tableau.
« J’avance, mais, pour le moment, tu cours plus vite que moi. Je t’aurai, mon petit rossignol. »
Je souris malgré moi, prends une dernière punaise et ajoute, tout au bout d’une ficelle restée vide, un petit carton sur lequel je n’écris qu’un seul mot. Harry ?
« Un jour, je saurai qui tu es… et surtout qui Elle était. »

IV. Les derniers souvenirs
Oh, les poussières ! Un rayon de soleil les fait danser dans sa lumière. Elles viennent se déposer sur chaque meuble, chaque objet. Je cours vers le placard de la cuisine et m’empare du plumeau. En quelques minutes, le mobilier est débarrassé de sa fine couche de particules.
Vingt heures. Un dîner léger, puis un bon bain dans la baignoire cachée derrière un paravent. Du reste, à part Catherine et Watson, qui pourrait entrer dans ma chambre sans mon accord ? Je souris et me glisse dans l’eau chaude.
Une autre image s’impose, je suis sur le flanc d’un volcan. « Le Vésuve entre en éruption ! » crie un homme. Je reste debout, incapable de faire le moindre geste, fascinée. Un homme m’attrape par le bras. Il faut descendre, c’est trop dangereux ! Je me dégage.
Emma a bien grandi. Elle est maintenant une belle jeune femme. Elle écrit. Je vois ses traits gracieux, le sourire qui se dessine sur ses lèvres quand elle évoque de bons souvenirs, puis son visage s’assombrit lorsqu’elle écrit la dernière ligne. Je vois le point d’interrogation. Je vois sa signature : Ta fille qui t’aime, Emma. Je vois l’expéditeur : Emma Carew, mais pas le destinataire.
Je marche sur une grande avenue. Je me retourne. Le Vésuve crache des flammes qui colorent de pourpre la nuit étoilée. Je me dirige vers une villa et laisse mes pas me guider.
Elle est dans le petit salon. Elle fait des vocalises pour entretenir sa voix. Le vieil homme est assis près d’elle. Il semble apprécier.
Mère et fille discutent dans le petit deux-pièces. De lourds châles les protègent du froid. La discussion devient plus vive. J’entends quelques mots : argent, dettes, reproches. Je ne comprends pas. Emma quitte brusquement la pièce en claquant la porte. Sa mère s’approche de la fenêtre. Elle pleure.
Les informations se bousculent, sans respecter ni dates ni logique apparente.
J’ai froid. L’eau de mon bain s’est refroidie sans que je m’en aperçoive. Je m’enveloppe dans ma robe de chambre. Décidément… même éveillée, cette femme ne me laisse plus beaucoup de répit.
Dans le carnet, je note :
Vésuve. Argent. Dettes. Dispute. Mère. Larmes. Emma Carew.
Je reporterai tout cela sur le tableau demain, mais rien ne me dit encore où placer ces morceaux.
Je me couche. Minuit. Je me tourne et me retourne. Une heure. Deux heures ! Je bondis hors du lit. Il faut que je le fasse.
Je traverse le couloir et entre dans le bureau. J’avance à tâtons. J’allume la lampe de mon écritoire. Le reste de la pièce demeure dans la pénombre. Mon tableau m’attend. Les portraits semblent me regarder. Les ficelles dessinent des chemins que je suis incapable de suivre jusqu’au bout. J’épingle une nouvelle fiche, en déplace une autre de quelques centimètres, puis je recule. Cette fois, je n’ajoute rien. Je reste là, les bras croisés, à le contempler.
« Eh, mon petit rossignol, cache-toi bien, j’arrive ! » J’arrive, enfin, à finir ma nuit.

V – La chute
Il est neuf heures passées quand je me réveille. Je me sens mieux, prête pour cette nouvelle journée. Que vais-je faire aujourd’hui ? Je jette un coup d’œil vers le bureau. Non ! Mon tableau a monopolisé mon esprit une bonne partie de la nuit. Il peut bien attendre quelques heures. J’ai besoin d’air. Une idée me traverse l’esprit. Et si j’allais flâner dans les rues de Calais ? Les meilleures réponses ne se trouvent pas toujours enfermées entre quatre murs.
Saint Pierre les Calais
Je loue un coche et son chauffeur. Nous sommes en 1850. Saint-Pierre-lès-Calais ne ressemble plus à ce qu’il était. Les usines de dentelle se multiplient, des rues sont tracées et nommées, des maisons ont été construites pour loger les ouvriers, les maraîchers ont été chassés de la bourgade.
« Je voudrais que vous m’emmeniez me promener dans Saint-Pierre.
— Mais Mademoiselle, il n’y a rien à Saint-Pierre !
— Vous plaisantez ! Les usines, la transformation de la bourgade en ville, ça ne vous interpelle pas ?
— Comme vous voulez, Mademoiselle. »
Je lui fais prendre chaque rue, chaque place. L’industrialisation apporte la richesse et le travail. J’ai placé de l’argent dans cette matière si délicate. Nous nous arrêtons devant une vaste étendue encore vide. Jean-Louis Crèvecœur en a fait don à la ville de Saint-Pierre le 3 avril 1836, sous certaines conditions : le lieu servirait de place publique et toutes les foires ainsi que tous les marchés devraient s’y tenir. La grande majorité des événements festifs de Saint-Pierre y auront effectivement lieu : envols de ballons, défilés de géants, fêtes foraines… Dans les prochaines décennies, la nouvelle mairie, la Bourse du travail, l’église Saint-Pierre et un lavoir y seront construits. Mais cela, il n’y a que moi qui le sais…
J’avance dans cette cité avec plaisir. En me créant, Catherine m’a insufflé l’amour qu’elle porte à sa ville natale. Je l’aime, même si elle l’a connue plus de cent ans après moi. Le bruit sourd des métiers à tisser m’attire. Je lis le nom des propriétaires et je souris. Je poursuis mon périple dans les rues. Je me fie à mon ouïe. De rue en rue, d’usine en usine, je parcours le chemin de la réussite.
Mon escapade m’a fatiguée. Je rejoins mon équipage et rentre. Mes pieds me font souffrir. Je les frotte l’un après l’autre et m’installe confortablement. Le sommeil me gagne…
La sieste
Le 29 janvier 1801, au 23 Piccadilly, une petite fille naît. La jeune mère a accouché dans une demeure bourgeoise. Des domestiques s’affairent autour d’elle. Elle repose dans un grand lit aux draps fraîchement changés. Elle est là, enfoncée dans les oreillers. La sage-femme lui apporte son nouveau-né. Elle l’allaite. Puis elle se met à chanter. C’est Elle !
Je fais un pas, mais pas deux… Une femme est assise près d’une table en bois. Les murs qui l’entourent sont épais, gris et froids. Une clé tourne dans la serrure. Un homme entre, dépose un plateau sur la table et repart sans un mot. La porte se referme. La clé tourne de nouveau. Elle est enfermée. En prison. Le maigre repas avalé, elle se met à chanter. C’est Elle !
Le temps est mauvais. Je suis à bord d’un bateau de pêche. À l’avant, deux femmes s’agrippent l’une à l’autre et à la rambarde. Les marins parlent anglais. J’ai l’impression qu’elles fuient l’Angleterre dans cette embarcation de fortune. La mer se calme un peu. Le patron demande à la plus âgée de chanter. Dans la fureur de la houle s’élève une voix puissante, presque céleste. C’est Elle !
Plus de pluie, plus de vent. Je suis de retour dans mon fauteuil. J’ouvre mon calepin et je note en italiques :
29 janvier 1801. Naissance d’une petite fille. Prison. Pourquoi ? Fuite en bateau de pêche.
Je n’ai plus envie de la quitter, je la sens si proche.
À peine remise de mes émotions, je traverse le couloir et entre dans le bureau. Le silence règne. Seule la pendule marque le temps d’un tic-tac régulier. J’allume la lampe de mon écritoire. Le reste de la pièce demeure dans la pénombre. Je m’approche du tableau.
« Voyons voir… »
Le tableau
J’épingle une nouvelle fiche.
29 janvier 1801. Naissance d’une petite fille.
Je recule d’un pas.
« Une seconde petite fille, ou bien la même ? Non, ce serait trop simple. »
Je prends une autre fiche.
Prison.
Je l’observe un long moment avant de la fixer près des deux petites pièces.
« Non, je ne crois pas que ce soit un hasard. On ne passe pas des palais à une prison sans qu’un drame se soit produit. »
Je saisis une nouvelle punaise.
Fuite en bateau de pêche.
Je cherche sa place.
« Après la prison, ou avant ? »
Je reste quelques instants le bras levé.
« Non, Rose ne devine pas. Tu n’as pas encore le droit de deviner. Attends les preuves. »
Je plante la punaise sans relier la fiche aux autres.
Mon regard parcourt maintenant toute la ligne du temps.
L’Angleterre. La campagne. George Romney. Naples. Marie-Caroline. Harry. Les Attitudes. Le Vésuve. Une petite fille. Une autre petite fille. Le marin blessé. Les dettes. La prison. Les deux petites pièces. La mer grise.
Je croise les bras.
« Tu m’as montré la gloire puis la misère. Tu m’as montré des palais puis une prison. Tu m’as montré deux enfants mais jamais leur place dans ta vie. »
Je souris malgré moi.
« Tu continues à brouiller les pistes, mon petit rossignol. »
Je m’approche encore.
« Mais cette fois… je sens que je ne suis plus très loin. Les morceaux commencent enfin à s’assembler. »
Je souffle doucement sur une feuille qui s’est légèrement décollée.
« Encore un ou deux souvenirs… et tu n’auras plus beaucoup d’endroits où te cacher. »
Je baisse la lampe. Le tableau disparaît peu à peu dans la pénombre. Je n’ai toujours pas son nom mais je commence à apercevoir sa vie. Une heure du matin, je vais me coucher.

VI – La femme, mon amie
Non, je ne la quitte plus. Je vais rester chez moi en sa compagnie. Un petit déjeuner, un déjeuner acheté au restaurant près de la gare. Du pain chez le boulanger. Même pas de promenade dans le parc. Je remonte. Je sais que je ne pourrai pas m’endormir tout de suite. Je m’occupe donc. Les valses, j’adore danser la valse, même seule, oui, même seule ! Le ridicule ne tue pas, surtout dans mon salon. Je mets le disque sur le gramophone et je me mets à tournoyer de plus en plus vite. Je tourne, je tourne, les murs se joignent à moi et tournent, tournent. Je m’essouffle, mais je continue. Je tourne, je tourne. Je me retrouve sur le sol, la pièce continue à tourner, je suis près de la nausée, mais j’éclate de rire. Je n’en peux plus. J’ai soif, mais je crains de traverser la pièce : le sol bouge comme un bateau dans la tempête. Je m’assieds et attends l’arrivée au port. Après quelques minutes, j’ai repris le contrôle de mon corps et je peux me diriger vers la cuisine. Un thé, quelques biscuits et je retourne au fauteuil. Certaines mèches sont collées sur mon visage. Je souris en pensant à la vilaine fille que je suis. Mon sourire s’estompe, je me sens transportée par le couloir du temps…
La sieste
Sur la route de la campagne anglaise, une femme et sa petite fille se promènent. « Maman, est-il vrai que tu t’appelles Emma comme moi ? »
- « Oui, ma chérie. »
Je n’ai pas besoin d’entendre sa voix, je sais que c’est Elle.
Dans le château de Naples, Marie-Caroline discute avec son amie.
« Dis-moi le prénom de tes amants ! Oui, s’il te plaît !
- Vous exagérez, mon amie ! Bon, je cède : Sir Harry, Charles, Sir William, Horatio.
- « Merci, Emma. »
En quelques secondes, je passe de la naissance d’Emma à celle d’Horatia, les filles d’Emma.
Des cris, des larmes : Emma hurle de douleur ! Son amant, son homme, vient de mourir. Où sont ses chants ? Où est sa joie de vivre ?
Des noms m’agressent : Fetherstonhaugh, Greville, Hamilton, Nelson, Lyon, Romney et bien d’autres.
Des dates : 1765, 1781, 1782, 1786, 1791, 1798, 1800, 1801, 1803, 1805, 1813, 1814, 1815.
Plus fatiguée que tout à l’heure, je me dirige vers le bureau.
VII – La femme dans la brume
Je m’assieds devant mon cahier et reste un instant immobile. Les images continuent de défiler derrière mes paupières. Je ferme les yeux, espérant les retenir avant qu’elles ne s’effacent.
Une femme. Une petite fille. Puis une autre. Quatre hommes. Une reine. Un château. Un peintre. Une mer. Des navires. Une ville que je reconnaîtrais entre mille… Calais.
Je prends mon crayon.
1765 Pourquoi cette date revient-elle avec autant d’insistance ?
J’écris le nombre au milieu de la page, puis un autre.
À côté, sans savoir pourquoi, je note : première fille.
1782 : Charles.
1786 : Naples.
1791 : mariage.
1798 : Horatio.
Je m’arrête.
Pourquoi Horatio ? Pourquoi ce prénom me paraît-il si familier ? Je suis certaine de ne jamais l’avoir rencontré, et pourtant il résonne en moi comme un souvenir.
Je continue.
1800
1801 : une autre naissance.
1803
1805 : des larmes.
1813 : prison.
1814 : Calais.
1815
Je repose mon crayon.
Tout cela ressemble aux pièces d’un immense puzzle renversé sur une table. Les morceaux sont là, sous mes yeux, mais aucun ne semble vouloir s’emboîter. Je connais les dates, quelques prénoms, des noms de famille impossibles à oublier. Je revois une femme éclatante de beauté, puis cette même femme brisée par le chagrin. J’entends encore ses cris lorsque l’homme qu’elle aimait s’effondre. Je sens son désespoir comme s’il m’avait traversée.
Je trace quelques flèches entre les dates, les rature aussitôt. Rien ne tient.
Qui est-elle ? Pourquoi suis-je témoin de sa vie ? Quel lien peut bien m’unir à cette inconnue ?
Je relis mes notes une dernière fois. Les mots semblent me regarder, attendant que je comprenne enfin ce qu’ils cherchent à me dire. Mais le nom refuse encore de venir. Demain !
Toutes mes pensées vont vers cette femme, je mange avec elle, je dors avec elle, je me repose avec elle. Même dans mon bain, elle me suit. Il fait chaud, j’ouvre les fenêtres pour aérer l’appartement, je m’occupe. Chopin est le compagnon de ma matinée. Et toi, aimes-tu Chopin ? Je pense que oui. Elle aime l’art. Les heures s’égrènent doucement : un disque, puis un autre, le déjeuner préparé, trois citrons pressés ajoutés à de l’eau dans une bouteille mise au frais. J’attends la sieste, mais elle ne vient pas. Je ferme en partie les rideaux de mon bureau. Le soleil m’éblouit. Je regarde le tableau et m’assieds devant :
Qui est cette femme ? Non pas la courtisane décrite par certains, mais une femme intelligente, cultivée, capable de tenir tête aux diplomates et d’influencer la politique du royaume de Naples. Qui es-tu ?
Je me lève face au tableau. J’ajoute des éléments, je réunis nom et prénom, les dates. Je souris, la brume se dissipe.
« Te voilà donc, ma petite Emma. Née dans la campagne anglaise, peinte par Romney, envoyée à Naples comme on éloigne un embarras… et pourtant, tu y as trouvé bien plus qu’un exil. Tu as aimé, chanté, brillé dans les salons, auprès d’une reine, auprès d’un vieil homme qui t’a donné son nom, puis auprès de Nelson, qui a emporté ton cœur. Deux filles, deux vies laissées derrière toi, des palais, des fêtes, des regards tournés vers toi… puis le deuil, les dettes, la prison, la fuite. Tout cela pour finir face à la mer, dans une ville étrangère. Ma pauvre enfant… Ce n’était donc pas la courtisane qu’il fallait retrouver, mais la femme qu’on avait laissée dans la brume. Mon petit rossignol ! »
Je me retrouve à Calais, près de cette stèle en granit. Je m’approche, un pas, puis deux. Cette fois, je peux la lire. Il y est gravé : Amy Lyon, née le 26 avril 1765 à Swan Cottage, Ness, Cheshire, Angleterre, décédée le 15 janvier 1815 à Calais, France. Titre : Lady Hamilton, titre de courtoisie en tant qu’épouse d’un chevalier britannique à partir de 1791 ; Dame Emma Hamilton, titre reçu en tant que membre féminin de l’Ordre souverain militaire de Malte à partir de 1800.
« Je t’ai trouvée, mon petit rossignol, ma Lady Hamilton. »
Je décroche une à une les pièces de cette histoire et les range précieusement dans le carton, dans les bonnes chemises. Je referme le carton, le recouvre de ses deux couches de papier brun, remets la ficelle et l’installe sur une étagère basse de ma bibliothèque.
Il peut revenir, le mystérieux voyageur ! La brume s’est entièrement dissipée : la femme dans la brume n’y est plus.

PS : aux Calaisiennes et Calaisiens
« La prochaine fois que vous passerez devant la stèle de Lady Hamilton, ne la regardez plus comme un simple monument. Arrêtez-vous quelques instants. Derrière cette pierre repose une femme qui fut l’une des plus célèbres d’Europe avant de finir ses jours à Calais. L’Histoire est parfois plus proche de nous qu’on ne l’imagine. »