
Depuis septembre je cumule les bronchites. C’est simple : huit jours en cours, huit jours à la maison. Nous sommes fin mai 1974, j’ai 17 ans. Avec l’accord du médecin et du Lycée je vais faire l’école buissonnière. Je pars pour le Cap d’Agde avec ma marraine Michelle LE PETIT et sa fille Elisabeth MONTIER mon ainée de 6 ans. Ce n’est pas la première fois que je prends le train seule pour me rendre à Paris où vivent ma marraine et Babeth. Comme à leur habitude, elle m’attendent sur le quai. Dans quelques heures nous allons prendre un train de nuit. Ma valise va rejoindre les leurs à la consigne de la gare. Je ne me souviens plus exactement mais, il me semble, que cette fois ci nous somme allées à Montmartre nous balader dans ce quartier pittoresque. Nous avons mangé dans une petite brasserie et avons regagné la gare en métro. J’ai souvenir des messes bases échangées avec ma cousine, sous le regard réprobateur de sa mère et de notre arrivée à Agde.

Il est encore tôt, le soleil est encore bas sur l’horizon. Je suis saisie par la douceur de ses rayons et par le bleu intense et uniforme du ciel. Chez moi dans le Nord, le vent est encore frais, il a du mal à chasser les nuages. Nous sortons de la gare et prenons un bus. Il nous dépose à quelques encablures de la mer méditerranée. Je veux m’arrêter pour admirer cette étendue sereine mais il faut y aller. La propriétaire nous attend pour nous remettre les clefs. Nous nous arrêtons devant une maison de deux étages mais nous nous dirigeons vers ce qui fut un garage. Une pièce de vie avec kitchenette, une chambre et une pièce d’eau attenante. Une verrière au plafond fait entrée la luminosité dans cette alcôve. Cela fait plusieurs années que mes deux parentes passent leurs vacances chez cette dame. Un petit déjeuner nous attendait, il faut bien soigner sa clientèle. Café pour les grandes, chocolat pour moi qui aurais aimé un café. Mais j’aime ne plus être la plus « grande » et me faire materner. Je me régale de ce bol de chocolat et de croissants. Le petit déjeuner fini, la table débarrassée, nous vidons nos valises. Vite, nous allons nous promener.
Le soleil commence à se jouer de moi, mon visage, mon coup, mes mains se couvrent de tâches de rousseur. Je sens une douce chaleur m’envahir, je veux ôter ma veste mais une voix me dit « Cathy, remets ton gilet, tu vas avoir froid« , j’obéis, jusqu’à la prochaine fois. Nous sommes sur cette plage où le sable et les cailloux se disputent la place. La mer est presque immobile d’un bleu profond, de petites vaguelettes s’essayent mais renoncent. Même la brise marine n’arrive pas à les faire se briser sur le sable. Je veux prendre rien qu’un bain de pied mais c’est un non catégorique. Et oui, ma petite marraine veille au grain. Nous repartons vers la ville. Je suis étonnée par la proximité de la mer et de la campagne. Le long de la digue, à la suite des constructions, une forêt semble avoir les pieds dans l’eau. Un vent plus frais se lève, le psithurisme nous accompagne jusqu’au centre de la ville. Quelques courses faites au supermarché, quelques pas pour écouter le clapotis de la fontaine, quelques pas pour…, quelques pas pour… « Mais Cathy, nous sommes là encore 7 jours » Nous sommes rentrées, je ne sais pas si j’ai fini mon repas ce soir là. Je me souviens de m’être réveillée sur le canapé non déplié. Je découvrais un autre rivage, je venais de retrouver mon âme d’enfant et sa curiosité.