
Au port de Calais, deux véhicules nous attendent, Je monte dans la calèche près de Sarah, le père, le fils et le petit fils nous font face. Ann, la servante a rejoint les malles dans l’autre voiture. Nous nous dirigeons vers Boulogne sur Mer, John Pusey WINT veut aller se recueillir sur la tombe de son épouse Eliza. Nous avons pris le chemin qui longe la côte. Le ciel se baigne dans la mer à ne plus savoir où commence l’un et où finit l’autre. Le soleil donne une luminosité particulière aux paysages qui défilent. La blancheur des falaises tranche sur le bleu métallique de la mer, plus loin l’à-pic du gris-nez, lui a pris des nuances argentées. Les petits ports de pêches se succèdent jusqu’à Boulogne.

A l’entrée du cimetière, je m’éloigne pour leur permettre de rendre hommage à leur chère défunte en toute intimité. Une trentaine de minutes plus tard nous reprenons la route vers Salperwick. Ils ne sont pas abattus comme je le craignais, ils évoquent leurs souvenirs, leurs joies, leurs peines. Je les écoute. De temps en temps, l’un d’entre eux m’interpelle, je réponds au mieux. La chaleur se fait de plus en plus accablante, Sarah et moi essayons de nous éventer sans grand succès, plus l’on s’éloigne de la côte plus l’air devient irrespirable. Le château se dessine au bout du chemin. Nous sommes enfin arrivés.

Napoléon et Eliza nous attendent devant le perron, Ils s’avancent pour accueillir leurs invités. Les retrouvailles sont chaleureuses mais assez guindées. John Pusey sénior dépose un baiser sur le front de sa fille ainée et donne une poignée de main virile à son gendre. Quant aux plus jeunes cela va de la franche embrassade du neveu et du frère aux babillages de la belle-sœur. Eliza nous conduit à nos chambres, les domestiques nous suivent les bras chargés de bagages, c’est l’effervescence dans la demeure. Après un brin de toilette, nous sommes descendus. Sur la terrasse, à l’ombre d’arbres centenaires, un repas froid nous attend. Je prends plaisir à observer cette famille, loin des regards indiscrets de la bonne société, ils peuvent se témoigner leur attachement. Le château de Saubruit avait appartenu au père de Napoléon, lui aussi se plonge dans ses souvenirs d’enfance, son mariage, la mort de son père et la vente de tous ses biens. Il aimait s’allonger dans le lit où Napoléon Ier avait dormi. Son père lui avait donné son prénom en hommage au grand homme. La table est vite desservie, le thé est servi. La conversation s’engage.
Eliza prend la parole : « Melle Rose, parlez nous de votre passage à Londres.
- Que dire, à part qu’il est temps que sa gracieuse Majesté ordonne d’améliorer le système d’écoulement dans cette magnifique ville qu’est Londres ! Et vos sœurs sont-elles loin de Londres cet été ?
- Mary et James ARMSTRONG vivent à Walbottle dans le Northumberland, Suzan et Robert COOK se sont réfugiés dans le Sussex chez Frances. Ils sont tous loin des nuisances actuelles.
- Père, vous oubliez votre petite fille Ellen. Elle est sur le point d’épouser Patrick Becket BELLEW fils du capitaine Francis John. Il me semble que mon regretté frère William Shute a servi sous ses ordres.
- En effet ! Cela fait huit ans que je ne l’ai pas vue. Sa mère et son beau-père l’ont emmenée en France et je n’ai eu guère de nouvelles jusqu’à ces derniers mois où nous avons correspondu pour lui trouver un mari. Ce Patrick BELLEW est un homme de bonne famille. C’est très bien ainsi.
- Après leur mariage, ma nièce et son époux vont s’installer près de chez nous, nous allons pouvoir profiter de leur présence ajoute John Pusey Junior.
- Pour demain, je vous propose de visiter la région en barque décrète Napoléon fier de faire visiter sa région.
- Avec plaisir ! déclame l’ancien.
- Nous regagnerons nos chambres tôt, nous nous levons aux aurores pour profiter de la fraîcheur matinale. Sur ce, je vous quitte, j’ai des ordres à donner à mes gens. Bonne soirée beau-père, bonne soirée à vous tous »
Napoléon monte à cheval et se dirige vers les fermes avoisinant le domaine. Sarah ne s’est pas exprimée, elle s’est laissée porter par nos voix, son esprit était bien loin de ce coin de campagne française. Le jeune John Pusey était parti, dès la fin du repas, conter fleurette à la fille du métayer, une jolie petite blonde aux belles joues rouges mûres à croquer. Une légère brise nous rafraichit un peu. Le soleil décline et se couche sur le plan d’eau, il est l’heure d’aller regagner sa chambre. Demain nous voguerons sur les canaux baignés de lumière, je rechercherai du regard les coins que j’ai visités il y a très longtemps et je prendrai congé de mes hôtes. Je prends le grand escalier qu’a foulé l’empereur. J’aurai bien visité sa chambre mais le couple se l’ai appropriée. Une baignoire m’attend, c’est avec délice que je me glisse dans cette eau fraiche. L’obscurité commence à envahir la pièce, il est temps que je me couche. Demain, il sera bien temps de rédiger mon article. Demain où après demain.

Ce rendez-vous ancestral est la suite de The Great Stink
Les personnages nous deviennent familiers comme si nous participions au feuilleton familial.
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Merci Dominique.
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C’est toujours un plaisir de partager quelques moments bien choisis avec cette famille
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Merci Catherine.
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