
Les documents s’amoncèlent sur mon bureau et je n’aime pas cela. J’ai l’impression que mon esprit va se perdre dans toute cette paperasse. Je quitte mon bureau. Je me suis levée très tôt ce matin, il n’est que 10 heures 30. Un brin de toilette et je me dirige vers le parc. En ce mois de mai 1847, la nature commence à se vêtir de ses couleurs du prochain été. L’air est plus doux, Même le vent semble s’être mis au diapason ; il chatouille les jeunes feuilles fraîchement écloses. Je profite de ce moment, J’ai laissé mon châle glisser de mes épaules. Je m’assois près de la fontaine, le soleil joue avec le vent et les jeunes feuilles des arbres. Il essaye de m’éblouir le coquin. Je souris, mon aptitude a donné vie aux choses me fait plaisir. Après quelques achats dans le quartier, je rentre chez moi. Après un repas frugal, je m’installe dans mon fauteuil une tasse de café à la main. La dernière gorgée de ce succulent breuvage avalée…
Je suis assise en amazone sur un cheval, je passe devant une roche où est noté Blendecques 2,5 kilomètres. En uniforme, un homme s’approche de moi :

« La petite demoiselle est-elle perdue »
- Rassurez-vous Monsieur Leroy, je ne suis pas perdue, je venais à votre rencontre.
- Comment cela ! Vous me connaissez ? Mais, mais ! vous êtes Mademoiselle Rose !
- Oui Monsieur Leroy. Vous avez un sourire à faire fuir une armée de démons.
- Et oui Melle Rose, mon huitième enfant est né ce 6 mai. Ma petite Augustine nous emplit de bonheur.
- Huit enfants… Votre épouse doit avoir bien du courage lorsque vous partez plusieurs jours sur les routes.
- C’est elle qui tient la maison. Sans elle, je ne pourrais exercer ce métier. Pendant que je parcours les chemins, elle élève nos enfants, veille à leur éducation et prépare déjà le prochain déménagement lorsque l’administration décide de me muter.
- Pourriez-vous me parler de votre métier ?
- Bien sûr, mais permettez-moi de vous proposer de faire avancer nos montures, à quelques encablures, une clairière où nous pourrons nous arrêter en toute sécurité.
Je suis cet homme le long du chemin. Nous nous arrêtons bien dans cette petite clairière qui avance de quelques mètres dans le bois. Dans l’une de ses sacoches, il sort une couverture qu’il dépose sur le sol. Il attend que je suis assise pour prendre place.
- Je vous écoute Monsieur Leroy.
- Je suis employé à cheval des Contributions indirectes, Mademoiselle.
- Des Contributions indirectes ? Voilà un bien grand mot. Que faites-vous donc au juste ?
- Je passe mes journées sur les routes. Je contrôle les voitures, les charrettes et les convois qui transportent des marchandises soumises aux droits de l’État : le vin, les eaux-de-vie, le tabac, le sel. Je vérifie les papiers, les quantités transportées et m’assure que les taxes ont bien été acquittées.
- Vous arrêtez donc les voyageurs ?
- Seulement ceux qui transportent des marchandises. Si tout est en règle, je leur souhaite bonne route. En revanche, si je découvre une fraude, je dresse un procès-verbal et les marchandises peuvent être saisies.
- Et vous percevez l’argent des taxes ?
- Non, ce n’est pas mon rôle. Je ne suis pas percepteur. Je veille simplement à ce que les lois soient respectées. Les sommes dues sont ensuite recouvrées par l’administration.
Rose observa son cheval, déjà impatient de reprendre la route.
- Vous devez parcourir bien des kilomètres.
- Des dizaines chaque semaine. Par tous les temps. La pluie, la neige ou la chaleur ne nous dispensent pas de notre service. Et lorsque l’administration nous mute, il faut quitter notre logement et repartir dans une autre commune avec toute la famille.
- Voilà un métier qui demande autant d’endurance que de probité. Derrière chaque cavalier que l’on croise sur les chemins se cache un homme chargé de protéger les revenus de l’État.
- Craignez-vous parfois les fraudeurs ? Certains doivent mal accepter les contrôles.
- Bien sûr ! Il y en a toujours qui se croient plus malins et pensent pouvoir me tromper. Je crains aussi les bandits de grands chemins qui pensent que je trans porte de l’argent.
- Votre cheval est-il votre plus fidèle compagnon ? Passez vous plus de temps avec lui qu’avec votre famille ?
- Cela arrive un peu trop souvent à mon goût.
- Par tous les temps ? Que faites-vous lorsque les chemins sont impraticables en hiver ?
- Je n’ai pas le choix, il faut que je m’adapte. Je suis souvent obligé de marcher
- Votre famille vous accompagne-t-elle à chaque changement d’affectation ?
- Quand je sais que cette affectation va durer quelques mois, quelques années, ma famille me suis.
- Merci Monsieur Leroy, je vous laisse continuer votre chemin. Je vous remercie.
- Au revoir Melle Rose !
L’employé inclina la tête, remit son cheval au pas et reprit sa tournée, disparaissant bientôt au détour d’un chemin bordé de peupliers.
Je sors petit à petit du sommeil, je souris, j’ai de quoi écrire.
Le parfum du café flottait encore dans la pièce. La fontaine, les chevaux et la clairière s’étaient évanouis. Seuls les documents étaient toujours là, éparpillés sur mon bureau. Ce n’est pas un tas de papiers qui va diriger ma vie, non mais !

Gaspard Augustin Henri LEROY (1801-1876) est le sosa 98 de Catherine. C’est à dire qu’il est sont qu’il est son arrière-arrière-grand père.