Dare-dare

Cela fait déjà plus d’une semaine qu’il fait chaud, même très chaud. Une de ses chaleurs humide qui vous colle à la peau. Il n’est que 16 heures mais le ciel est très sombre même totalement noir, le soleil a disparu. Un orage va éclater. Il ne fait pas moins chaud pour autant. Un immense éclair vient zébrer le ciel, à quelque secondes près le tonnerre fait trembler les murs. Une pluie dense accompagnée d’un vent violant m’oblige à courir fermer les fenêtres. Dans le parc, en face de chez moi, les arbres, attaqués de toutes parts, se débattent, se tordent, leurs feuilles ruisselantes se collent aux branches. La rue n’est plus qu’un ruisseau de boue. Je pensais que nous, les gens du Nord de la France, étions protégés de ce genre de phénomène climatique. Au petit jour, les ouvriers de la ville de Calais vont tout nettoyer et l’été fera le reste.

Je retourne à mon bureau. Non pas pour travailler, je n’en ai pas la force mais pour ranger les documents amoncelés sur la table.

« Bonjour Rose

  • Bonjour Walter, tu m’as fait peur !
  • Désolée Rose, Walter Waterman s’il te plait, je suis un stylo plume !
  • Je sais, je sais ! Tu as servi fidèlement notre créatrice jusqu’à ce que tu deviennes trop vieux.
  • Trop vieux, trop vieux ! Mais j’ai gardé ma superbe, regarde comme mon plaqué-or attrape les rayons du soleil quand il y en a. De plus, je n’ai pas perdu de ma verve, ma plume me trahit et s’oublie sur la feuille. Qu’est-ce qu’il fait chaud ! Mon encre se dilate, mets-moi vite sur un buvard.
  • Je sais mon ami ! Ne t’inquiète pas. Ce ne sont que de petits inconvénients. Le principal est que tu es toujours capable de trouver la petite anecdote qui va dédramatiser une situation pénible. Même si ta gouaillerie m’horripile.
  • Merci Rose pour ses compliments. Gouaillerie ! J’adore !
  • Pourquoi es-tu venu, as-tu besoin de mon aide ?
  • Non Rose, je m’ennuyais. Les flatteries de mes camarades du pot à crayon m’amusent un moment mais…
  • Mais tu as besoin de stimulants. Fouiller dans les documents et y trouver un fait que tu peux commenter à ta façon.
  • Notre matriarche commence tout juste à reprendre le clavier. Elle avance en âge et sa mémoire lui fait défaut. Je la vois pester et reprendre ses carnets pour retrouver ses notes.
  • Ne t’inquiète pas Walter ! Elle va reprendre un rythme de travail.
  • Je l’espère Rose, je l’espère ! Mais, qu’elle heure est-il ?
  • 18 heures !
  • Vite, je me sauve ! Au revoir Rose ! Je dois rentrer Dare-dare !

Je n’ai pas eu le temps de lui souhaiter le bonsoir. Le calme est revenu, j’ouvre les deux battants de toutes les fenêtres pour bénéficier de courants d’air rafraichissants. Cette nuit, je vais réussir à dormir, enfin !

Une réflexion sur “Dare-dare”

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