Pchiii, pchiii ! fait l’un, pchiii, pchiii ! fait l’autre, Ils sont bien synchrones ces deux-là ! Cela fait plus de 10 ans qu’un couple de criquets a élu domicile dans mes oreilles. Au lieu de prendre place dans le même pavillon, ils ont préféré prendre chacun un orifice. Dès que j’ouvre les yeux et jusqu’à ce que je les referme, ils s’appellent. Non pas chacun son tour, mais en même temps et de façon pulsative.
J’ai oublié le silence, ce moment où l’on est seul avec la nature, ce moment où il faut être attentif pour percevoir l’animation dans le nid caché dans les branches de arbre, dans le bruissement des feuilles chahutées par le vent. J’ai oublié la mélodie d’une pièce de Chopin ou de Mozart, Elle est toujours surplanter par mes locataires. J’écris, la tête emplie des vibrations de ces intrus. Ils vivent en moi, de moi. Ils accompagnent mes moments de bonheur, de frustrations, mes mots de tête en se manifestant plus bruyamment, plus rapidement.
Je ne suis pas mortifiée par cette présence, je n’entends plus aussi bien et je n’ai plus a supporter les remarques désobligeantes sur mes collègues, les amis et moi-même que j’entendais à cause d’une ouïe hyper développée. Quelques exercices de respirations, un adagio et ils reprennent un rythme plus supportable. Dans le bus, dans un restaurant, dans un lieu public, ils m’empêchent de suivre la moindre conversation, je me retrouve dans un tourbillon de bruit fait de paroles, de fourchettes claquant dans l’assiette, de portes qui battent, de bruit de moteur. Je n’ai qu’une hâte rentrer chez moi. La médecine les appelle acouphènes, il n’y pas de remède.