Etienne Le Petit

Les derniers jours du camp de Boulogne

Premier jour de septembre 1805, face à la mer je contemple cette étendue où miroitent les premiers rayons du soleil. Quelques navires fendent cette masse encore sombre, le cri strident des mouettes me ramène à la réalité et à mes obligations, instinctivement, je remonte mon col, l’automne approche, le vent se fait plus frais. Je me dirige d’un pas assuré vers les derniers baraquements du camp de Boulogne sur Mer. Cela fait 15 jours que l’empereur est parti, Étienne LE PETIT est démobilisé, il prépare son paquetage. Je dois le rencontrer à l’endroit même où l’empereur a décoré ses soldats méritants de la légion d’honneur. 

Il est là à quelques mètres de moi, il se tient droit, il regarde cet endroit où il a vécu durant ces deux dernières années. Le crissement de mes pas dans le chemin caillouteux le fait se retourner. Il m’accueille un léger sourire aux lèvres.

Bonjour citoyenne

Bonjour citoyen, tu es sur le départ, prêt à retourner à la vie civile. Comptes-tu retrouver ta Normandie natale ? 

Non, cette région me plaît, je peux y exercer mon métier et y fonder une famille.

Pouvons nous revenir aux deux dernières années passées avec Bonaparte ? Expliques-moi pourquoi le consul s’est intéressé à la côte d’Opale ? J’ai lu les articles sur ces évènements mais je voudrais l’entendre d’une personne qui les a vécus.

Bien citoyenne. Le 16 mai 1803, les britanniques arraisonnent et saisissent une centaine de navires français et Bataves*, Napoléon consul à l’époque leur déclare la guerre et installe ses troupes à Boulogne sur Mer et les communes environnantes pour préparer l’invasion de la Grande Bretagne.

Mais le port de Boulogne sur Mer n’est qu’un petit port de pêche ?

En effet il fait agrandir le port pour permettre l’arrimage de 2000 navires. Nous étions une horde de soldats, jusqu’à 200 000 hommes dont ceux du génie à travailler. Tous les corps de métier y étaient présents, Dessinateur, je m’occupais de la cartographie et des plans des embarcations à fond plat. Les anglais tentèrent une nouvelle intrusion qui échoua.

Qu’elle est le moment qui t’a le plus marqué ?

Le 16 aout 1804 quand notre empereur a présider la remise de la première légion d’honneur aux plus méritants de ses soldats. La cérémonie à durée 7 heures que je ne risque pas d’oublier. A l’unanimité nous avons décider de dresser un monument commémoratif, une colonne de 54 m et en son sommet la statut de notre empereur. Ce n’est qu’une supposition, on verra ce que nos chefs décideront.

Napoléon décore ses soldats

Où a été posée la première pierre et quand ?

Dans la commune de Wimille le 18 brumaire. Le Maréchal SOULT a eu l’honneur d’être invité à poser la première pierre.

Pourquoi, deux ans après, notre empereur renonce à l’invasion de l’Angleterre ?

– La coalisions entre l’Autriche et la Russie sur le flan Est était préoccupante pour l’état major, de plus en mer, se jouait une autre bataille entre l’amiral Villeneuve et l’amiral Nelson. Malgré le soutien de l’Espagne la bataille de TRAVALGAR fut un vrai désastre. Ayant perdu, beaucoup de navires Napoléon abandonna l’idée de conquérir l’ Angleterre pour parti vers l’est à la conquête d’autres pays.

Penses-tu avoir servi ton pays ?

Bien sûr, avec mes compétences, mon savoir faire. Maintenant, l’Empereur a besoin de soldats, des guerriers ce que je ne suis pas.

– Es-tu heureux d’avoir pu être près de ce grand homme qui sait ce qu’il veut et sait l’obtenir ?

– J’ai été témoin de beaucoup de choses bonnes et mauvaises que je n’oublieraient pas. Je suis fier d’avoir fréquenté des hommes de valeur. Maintenant, j’aspire à une vie plus calme dans cette belle ville de Boulogne sur Mer.

Après les courtoisies d’usages nous repartons chacun de notre côté.

Le vent se fait de plus en plus froid, des bourrasques mêlées de sable nous fouettent le visage, l’hiver risque d’être rude cette année. Je me retourne une dernière fois, il marche d’un pas assuré, il aura 20 ans le 25 septembre, il a la vie devant lui.

Je n’avais pas revu le port depuis des années, je me dirige donc vers le point le plus haut pour avoir une vue d’ensemble. Sidérée, je contemple l’étendu des travaux : deux nouveau bassins ont été creusés. Je remonte en ville et je hèle un cocher pour me rendre à Wimereux. La partie avant du cours d’eau appelé Wimereux a été canalisé jusqu’à la mer, une écluse et un chenal bordé de jetées bases complètent l’ensemble. Sur la rive droite, un bassin pouvant accueillir armada et flottilles attend bateaux et navires.

Je plonge le regard au plus loin, vers la ligne d’horizon, une brume épaisse m’empêche d’apercevoir les côtes Anglaises, je contemple une dernière fois le vol des mouettes. Je fais signe au cocher, il m’aide à monter dans la calèche, Il fait presque froid. Je rentre chez moi écrire mon article.

Etienne LE PETIT est mon quadrisaïeul. 

 * La Batavie est une république existant entre 1795 et 1806, qui englobe la majeure partie du territoire actuel des Pays-Bas. La Batavie est la première et la plus durable des républiques sœurs de la France révolutionnaire. En théorie indépendante, elle était en réalité sous tutelle française.